Jean-Maurice Robillot, Mai 2006L’UNIVERS A-T-IL UNE FORME … ET UN SENS ?
Éclipse du Soleil vue en Lybie le 29 Mars 2006, Photo Eric FossatSe demander si
l’Univers a une Forme et un Sens, n’est-ce pas une question de type
tautologique, car revenant à exprimer deux fois une même interrogation ? Cela n’est pas si simple.
On peut nommer
tautologie une phrase ainsi tournée que sa formulation ne peut être que vraie par construction. Exemple: 100% de nos clients achètent nos produits.
Toutes les
tautologies n'ont pas le même caractère d’évidence: les mathématiques peuvent être considérés comme la science permettant de fabriquer de façon rigoureuse des tautologies d'un genre particulièrement élaboré. Une
identité remarquable telle (a+b)2=a2+2ab+b2 constitue un
exemple utile de tautologie. Toutefois, tous les résultats mathématiques ne constituent pas, seuls et en eux-mêmes, des tautologies: un
théorème n'est pas une tautologie. Par contre
l'ensemble, constitué des
axiomes et des
théorèmes qui en découlent, constitue une
tautologie.
Considérant la question de
forme de l’Univers, il s’agit alors d’un problème mathématique dans le cadre à la fois spécifique et général de la
Topologie.
L’origine de la
topologie est l’étude de la géométrie dans les cultures antiques.
Le travail de Leonhard Euler datant de 1736 sur le problème des sept ponts de Königsberg est considéré comme l’un des premiers résultats de géométrie qui ne dépend d’aucune mesure, c’est-à-dire
l’un des premiers résultats topologiques.
Henri Poincaré publia
Analysis Situs en 1895, introduisant les concepts d'
homotopie et d'
homologie (cf. topologie algébrique) . Maurice Fréchet, unifiant les travaux sur les espaces de fonctions de Cantor, Volterra, Arzelà, Hadamard, Ascoli et d’autres, introduisent le concept d'
espace métrique en 1906. En 1914, Felix Hausdorff, en généralisant la notion d’
espace métrique, inventa le terme d’
espace topologique et définit ce qui s'appelle aujourd'hui l'espace de Hausdorff.
Finalement, une autre légère généralisation en 1922, par Kuratowski, donna le concept actuel d'
espace topologique. Le terme
topologie, fut introduit en allemand en 1847 par Johann Benedict Listing dans «
Vorstudien zur Topologie ».
Définition restreinte Topologie: science qui étudie les propriétés géométriques invariantes d'un objet quand celui-ci est étiré, tordu ou rétréci de manière continue.
Ex:
Un ballon et un cube ont même topologie,
un tore et une tasse (immatérielle) avec une anse sont d’une autre topologie,
enfin un gruyère et une éponge seront d’une même topologie si elles ont le même nombre de trous…
La forme globale de l'Univers est caractérisée par sa
Géométrie et sa
Topologie. Le terme
Géométrie, décrit toutes les caractéristiques locales de l'espace (courbure, torsion, métrique s'il y en a une, connexions, holonomies,..), alors que la
Topologie décrit les caractéristiques globales invariantes par des déformations continues réversibles (homéomorphismes) , sans couper ni déchirer l'objet.
La
Relativité générale est
invariante par difféomorphisme (covariance générale),
mais pas par homéomorphisme, c'est pourquoi
elle ne dit rien sur la Topologie globale de l'Univers qu'elle décrit (degré de liberté,
en général on choisit la topologie simplement connexe, qui est la plus simple).
Pour obtenir la solution globale il faut
prendre en compte des conditions supplémentaires "topologiques", qui peuvent être connues par des observations par exemple.
Des concepts importants en
topologie sont
d'une part: la
connexité qui caractérise le nombre maximum de coupures que l'on peut faire avant de morceler l'objet, une
topologie simplement connexe signifie qu'avec une coupure on obtient toujours 2 morceaux,
cette connexité est reliée aux nombre de "trous" dans l'objet ;
d'autre part: la
compacité qui correspond à un "N-Volume" fini.
Pour construire un
hyper-tore de base, on part d'un parallélépipède, et en le déformant on vient " coller les trois couples de faces opposées deux à deux : X sur X' comme indiqué sur la figure ci-dessous, puis Y sur Y’, et Z sur Z'.
Évidemment ce n'est pas facile à se représenter dans un espace 3 D..!
Signalons que
ce n'est pas la seule topologie compacte "plate", il en existe 10 en trois dimensions…Considérons une
illustration plus simple, par la méthode de construction sur un
tore 2 D (
on considère la surface du tore).
Ci-dessus on part d'un rectangle, on identifie une paire de côtés opposés X et X' qu'on vient abouter et "coller". On obtient un cylindre qu'on déforme pour venir abouter et coller l'autre paire de côtés opposés Y et Y' du rectangle initial.
Pour un
hyper-tore c'est la même chose,
avec une dimension de plus..!
Les études de l’univers expliqué par Roland LEHOUCQ ou développés par Jean-Pierre LUMINET, parlant d’un
Univers Fini Dodécaédrique (dodécaèdre de POINCARÉ), sont des questions portant sur la
topolologie de l’univers…

…

La notion de
topologie autrement dit de
forme, au sens le plus simpliste,
ne semble pas a priori se poser la
question de temps.
Mais ce n’est pas le cas! De plus, cette question de
temps (sous entendu de
futur et
devenir) est une question instinctive fondamentale.
De telle sorte que les questions posées par l’observation des phénomènes astronomiques ont conduit très tôt à des interprétations
astrologiques ou à des références
divines, mais aussi à la
philosophie et aux
mathématiques…
Reprenons
le fil de l’histoire…
Avant même l’antiquité, l’apparente opposition entre les phénomènes
célestes et
atmosphériques nous ont interrogé… Mais les
variations saisonnières ont précisément inspiré les raisonnements
géométriques et
arithmétiques.

…

La
géométrie nous a permis d’imaginer notre
Terre comme une
sphère… en soulevant d’autres difficultés, particulièrement celle de la notion de
gravité et celle d’un éventuel
infini…
Mais en même temps, un lien apparaissait déjà entre
géométrie et
arithmétique, comme :
32+42=52 52+122=132 82+152=172 72 +242=252 392+802=892 (…triangles rectangles)
D’autres, se transposent moins aisément, Ex:
33+43+53=63 ..!
Les premières observations de
Galilée par une
lunette ont marqué le
démarrage de l’étude scientifique des phénomènes physiques, marqué par la
Gravitation Universelle de
Newton. Mais, par là même, cela menait à une
perception du Monde (d’un
Univers!) à une échelle dite
incommensurable…

…

Astronomiquement parlant, le XXème siècle a été majeur, et pas seulement sur le plan théorique, puisque des hommes ont marché sur la Lune..!
Mais aussi les capacités observationnelle..! Si l’espèce humaine, qui a plus de 100 000 ans d’âge, avait la faculté d’observer le ciel avec la sensibilité d’une caméra CCD, voici comment elle percevrait la Galaxie d’Andromède.
Nos interrogations sur le fini et l’infini seraient alors très très anciennes…

…

Par ses observations,
Hubble montra que l’Univers était en expansion. Cela chagrina tout d’abord le génial
Einstein, qui venait d’élaborer la
Relativité Générale d’où des
équations permettant de modéliser l’échelle cosmologique… Mais il modélisa d’abord un
Univers fini et statique..! Or la notion de courbure de l’Univers est fort subtile, et les mesures du
Rayonnement Cosmologique par
WMAP suggèrent maintenant des
caractéristiques topologiques.

…

Dans les modèles de Friedmann-Lemaître, selon sa courbure l’univers était : soit fini en durée et en espace (hyper)-sphérique, soit infini en durée et en espace purement euclidien, soit infini en durée et en espace hyperbolique.

…

Cela aurait déjà compliqué la pensée du Petit Prince de Saint Éxupéry, qui était d’abord sensible comme nous tous aux sentiments, et qui cherchait, à sa façon, un sens !
…

Les questions de cosmologies sont donc complexes: on y considère des topologies en hyper-tore ou hyper-dodécaèdre et multiconnexes, ou chiffonés, ou encore de la possibilité d’un Univers en bulles, ou bien d’un espace quantique genre millefeuilles, si ce n’est fractal… (voir image ci-dessus à droite).
Selon
Laurent Notale, sa théorie de la
relativité d'échelle généralise le principe de
relativité d'Einstein, en l'appliquant en introduisant un temps et un espace possédant une
géométrie fractale (cf.
Benoit Mendelbrot, 1974) c'est-à-dire
dépendant explicitement de l'échelle. Cette description controversée apporterait notamment un
éclairage nouveau sur la mécanique quantique…(?)
Contentons nous ici de considérer la question d’un Univers
fini ou
infini, selon les
analyses topologiques de Jean-Pierre Luminet et ses confrères.
Selon ces scientifiques, une anomalie particulière dans la texture lumineuse du fond cosmologique pourrait s'expliquer par une forme globale (une topologie) très spécifique de l'espace. L'Univers pourrait être refermé sur lui-même, un peu à la manière d'un ballon de football dont le volume ne représenterait que 80% de l'univers observé.A l’image de ce qui se passerait dans un
hyper-tore un univers de volume
fini mais sans bord conduirait à
voir un même astre dans des directions différentes et à des âges différents.Le spectre spatial des observations de WMAP suggère plus précisément une topologie du type
Dodécaèdre de Poincaré.Cela revient à dire, comme dans un
dodécaèdre régulier dont les faces sont identifiées « collées » par paires, qu’il s’agirait d’un
espace fermé de courbure négative… Vu de l’intérieur, on aurait l’impression de vivre dans un
espace cellulaire, pavé à l’infini par des
dodécaèdres déformés par des illusions d’optique.
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